lundi 4 février 2019

Le deuil, mon ami...

Le deuil, mon ami

Bonjour cher survivant!


Voilà un sujet tabou dans notre société : le deuil.


As-tu, toi aussi, perdu un être cher?


Cherches-tu toujours à comprendre pourquoi certaines épreuves sont sur ta route?


J’ai 38 ans et je me définis comme étant un messager, une éveilleuse de conscience, comme une artiste multidisciplinaire... mais avant tout, je suis une maman. J’ai aussi plusieurs diplômes sur mon mur, mais pour apprendre à vivre avec celui-là, il n’existe pas de formation : apprendre à transcender l’épreuve du deuil.
J’ai vécu personnellement plusieurs deuils. Pas seulement de celui de l’humain, mais aussi celui du quotidien.

Mon périple a commencé tôt. Ayant toujours été attirée par l'ésotérisme et les « science du hasard », je me suis prêtée au jeu de la numérologie. Du haut de mes 19 ans, je n’étais pas prête à entendre une phrase que j'allait me faire dire : 

« J’ai rarement vu un chemin de vie comme ça a un si jeune âge : ta vie va être une succession de réussite et d’échecs… ».


À 21 ans, tu entends seulement le mot échec. Puis avec le temps, tu te rends compte que ce ne sont pas vraiment des échecs, mais plutôt des épreuves ou des opportunités de relancer sa vie... Et étrangement, il avait vu juste. Plutôt que de me laisser abattre, j’en ai tiré des leçons : j’ai appris à lâcher-prise, j’ai appris la résilience et j’ai pu accueillir le changement au lieu de le subir…

Le deuil, c’est vaste.


Les premiers deuils auxquels on pense sont ceux de notre animal de compagnieou de nos grands-parents. Le choc de voir flotter le poisson rouge dans son bocal évoque chez l’enfant une foule de questions sur l’après-vie, tout comme les feuilles qui tombent de l’arbre en octobre :

ils éveillent une réflexion sur le cycle de la mort et de la vie.

On oublie par contre que cela peut aussi être la perte d’un emploi, de faire face à la maladie, un déménagement où toutes autres situations pour lesquelles on n’était pas préparé tel que je l’ai vécu lorsque j’ai appris que mon fils était autiste…

Puis il y a ceux que, lorsque on avance en âge, on redoute : le départ des enfants du nid familial, le deuil du couple lors d’une séparation ou d’un divorce,la maladie ou le cancer d’un proche, la mort de nos parents (père ou mère), et le plus difficile, le deuil d’un enfant ou du conjoint

J’ai eu à vivre plusieurs de ces deuils. Malgré le temps qui passe, j’ai encore besoin de combler le vide qui s’est créé suite à ces épreuves. Je me suis rendu compte qu’il est difficile de partager ce vécu avec des gens qui ne sont pas passés par là. L’empathie des gens fait en sorte qu’ils sont dans leurs propres ressentis face à notre situation et ne sont pas en mesure de bien comprendre ce que nous vivons. Ils vont nous dire des phrases comme : 

« Je ne sais pas comment tu fais, à ta place je n’aurais pas été capable de passer à travers… »

 « T’inquiète pas, tu vas voir, dans quelques semaines ça va aller mieux! » 

 « Tu ne t’en rappelleras pas le jour de tes noces! »

À leur défense, ces phrases « toutes faites » cachent le malaise que nous avons à parler des deuils. Parler de la mort, c’est encore un sujet tabou. S’il est difficile de parler de nos sentiments face à un échec amoureux ou professionnel, comment une jeune maman de 29 ans peut alors trouver du réconfort et une oreille attentive pour parler du décès accidentel du père de ses deux enfants?
Cela m’a pris 10 ans et beaucoup de volonté avant de reconnaître enfin cette grande force que j’avais eue pour passer à travers ce que j’ai vécu, de m’accepter et d’accepter le fait que j’avais droit d’être heureuse malgré mes nombreux échecs. Que ceux-ci avaient été placés sur ma route pour une raison précise et que je devais en comprendre le sens un jour…

Alors bienvenue dans ma quête de sens et au plaisir de vous aider à vivre vos deuils…
Avec amour,
Daisy
#Restervivant

L'amour renaîtra de ses cendres...




10 h 32 am, 22 janvier 2008.

Toc! Toc! Toc!

Quelqu’un frappe à la porte.

Je suis affairée avec Victor, mon petit cœur né le 10 décembre dernier. Je le dépose rapidement dans sa couchette et je vérifie de quoi j’ai l’air, car vous vous souvenez peut-être qu’une jeune maman, ce n’est pas toujours « sur son 31 » à la maison. Ce matin-là, le papa était parti tôt faire des commissions. Même si il était en congé parental, il avait déposé la grande de 2 ans et demi à la garderie pour que maman se me repose un peu.

J’étais donc seule et je me demandais vraiment qui pouvaient débarquer chez moi un mardi matin à 10 heures et demie…

Par la fenêtre givrée de l’entrée, je distinguais une silhouette qui  m’a tout d’abord fait penser à un livreur. À la porte se tenait bel et bien un grand costaud en uniforme, les cheveux mouillés par la neige qui tombait en rafale dehors. Par contre, il ne portait vraiment pas le type d’uniforme que tu veux voir à ta porte. C’est un policier qui venait de frapper à ma porte…

« Êtes-vous la conjointe de Jean-François Bégin? »

C’est fou comme il s’en est passé des images dans ma tête à la fin de sa question! Jeff, un gars tranquille, fonctionnaire, qui n’a jamais consommé de substance illicite, capitaine de balle molle… Qu’est-ce qui t’est arrivé pour qu’un policier vienne un mardi matin et me demande si je suis ta conjointe? Et là, je réalise que ce n’est pas lui qu’il vient voir. Je lui réponds que je suis effectivement la conjointe de M. Bégin et je l’empresse d’entrer, car il vente vraiment fort dehors. Une fois à l’intérieur, je sens un malaise par son non verbal, le malaise juste d’être face à moi.


C’est à ce moment-là que mon univers s’effondre


« Il vient d’avoir un accident de voiture. Il a été transporté à l’hôpital. Est-ce possible pour vous de vous y rendre rapidement? »

À ce moment-là, je me rappelle que lorsque j’avais entendu cogner à la porte, j’avais déposé le bébé dans son lit… Je m’excuse auprès du policier et je me dirige dans le corridor menant à la chambre, tout en répondant à sa question : je lui explique que je n’ai qu’une seule auto (celle impliquée dans l’accident) et qu’en raison de mon congé de maternité, ma voiture est remisée pour l’hiver. Je me dépêche et reviens rapidement avec le petit dans les bras. Le policier me regarde et devient blanc. Je continue de lui parler et je lui explique qu’avec le bébé et la petite à la garderie, je ne saurais trop comment me séparer en trois pour me rendre à l’hôpital. Je commence alors nerveusement mon interrogatoire : C’est arrivé où? Quand? Comment? Pourquoi? Y a-t-il d’autres blessés? Et plein de questions sans rapport dans l’énervement jusqu’à ce que je lui demande si les premiers répondants sont arrivés tôt sur les lieux…

Ce matin-là, il tombait une belle grosse neige en flocon. Cette neige que, quand t’es une maman, tu reconnais, car c’est la meilleure pour faire des bonshommes de neige. Cette belle neige-là, en gros, elle avait rendu la route glissante. Donc, par précaution, les déneigeuses et les saleuses étaient sur les routes. Ou devrais-je dire sur SA route.

Le sergent m’a dit qu’à première vue, le conducteur de la saleuse arrivait en sens inverse et qu’il était probablement trop au centre en sortant de la courbe. Par conséquent, mon Jeff a probablement donné un coup de roue pour éviter un face à face et au lieu d’atterrir dans le fossé de droite, la voiture est partie à gauche… Il me dit aussi que les voisins sont rapidement intervenus pour faire des manœuvres de réanimation. Les paramédicaux sont arrivés 10 minutes plus tard sur les lieux...


« Lorsque votre conjoint est parti en ambulance, on faisait encore des manœuvres de réanimation… »

Black-out.


Mon bébé pleure.


Il faut que je le change. Je suis une automate. J’effectue les manœuvres que je fais à répétition depuis l’accouchement (détache le pyjama-enlève la couche-un coup de lingette-crème de zinc-on glisse une couche neuve-on colle les deux rebords-on zip le pyjama). Pendant que je m’exécute, mon cerveau part dans ses pensées : je sais que lorsque l’on meurt, on a une respiration asystolique. Notre corps a ce réflexe pendant quelques instants. Je le sais, car mon frère vient de faire des stages comme ambulancier et je l’héberge depuis 3 semaines. On avait un drôle de routine de nuit, car, pendant que j’allaitais le bébé, il me racontait ses histoires en rentrant de ses stages de nuit. Donc, à cause de cela, je connais la procédure. En plus, je sais que les ambulanciers ne peuvent pas arrêter les manœuvres tant qu’ils ne seront pas à l’hôpital.

Retour au salon avec le bébé. Je ne sais plus quoi dire. Je tremble et je suis engourdie en même temps.

À cet instant précis, je le sais. Je le sens.

Le policier, qui était déjà mal de venir annoncer cette nouvelle à quelqu’un me regarde, regarde le bébé et je vois le désespoir dans ses yeux. Il vient de réaliser que ce n’est pas juste une jeune veuve de 29 ans qui est devant lui, mais un petit orphelin qui n’a pas encore 2 mois. Je brise le silence et je reviens donc à sa première question…

Non, je ne peux pas me rendre à l’hôpital. Il me dit alors qu’il va aller à sa voiture de patrouille et appeler le CLSC pour que je puisse avoir l’assistance d’une travailleuse sociale. Il me demande si je peux appeler quelqu’un, un ami, de la famille, pour venir m’aider… Et avant de refermer la porte derrière lui, il me regarde et me dit cette phrase : «  On n’a pas le droit d’annoncer le décès avant d’avoir la confirmation par l’hôpital, mais, avec les questions que vous avez posées… je crois que vous avez compris… ».

Sans dire le mot, il vient de confirmer ce que j’avais senti : 

papa ne reviendra pas ce soir…


Les quelques minutes qui ont suivi m’ont paru une éternité. Il est enfin revenu me dire que quelqu’un s’en venait à la maison et que je devrais appeler mes beaux-parents pour leur annoncer la triste nouvelle... et sans avoir le temps de dire quoi que ce soit il a quitté la maison. Toute cette scène a duré 15 minutes au maximum.

Je suis maintenant seule. Avec petit Victor. Puis une bulle éclate dans ma tête.  Hein? Pardon? Je n’ai pas encore digéré la nouvelle que je dois être celle qui la partage à ses propres parents! Je me suis assise sur le divan, choqué. Je n’avais même plus le goût de pleurer. Pire que cela :

je n’ai pas eu le temps de pleurer : je devais annoncer à une mère que son fils était (entre la vie et la) mort à l’hôpital.

Le choc est tellement intense et les obligations tellement lourdes qu’on part sur le pilote automatique. On n’a pas le temps de vivre le deuil dans les premiers jours. Dans mon cas, deux enfants avaient besoins de leur mère. Un corps devait être envoyé vers un salon funéraire, des papiers devaient être remplis pour différents gouvernements, l’employeur et les assureurs devaient être contactés. Le garage voulait savoir quoi faire du morceau de tôle qui avait auparavant été une voiture, la banque avait gelé mes comptes conjoints dans lesquels mes paiements et mes prestations de maternité étaient déposés… Mais le pire, ça a été de répondre au téléphone ce soir-là et les jours suivants. L’accident fût médiatisé et c’est passé à la télé à heure de grande écoute. Les gens ont reconnu l’endroit, le véhicule. On a bien montré le siège de bébé tout détruit à la caméra. Les amis, les cousins, les voisins ont appelé dans la soirée, après la diffusion des images : « Dis-moi que ce n’est pas Jeff? » Alors, tu dois rester forte et répondre : « Oui ». Ils veulent savoir ce qui s’est passé, alors tu répètes l’histoire des centaines de fois. Les images ont fait la une des quotidiens le lendemain. La vague de sympathie commence et tu te demandes si c’est un cauchemar duquel tu ne peux pas te réveiller…

 Viens un moment où t’es plus capable.


À ce moment-là, ça sort. Mais ce ne sont pas des larmes de tristesse, du trou béant de la perte de ta moitié, de ton âme sœur, ce sont celles du désarroi et de la colère. Et une fois que sont sorties ces larmes d’impuissance arrivent celles de la résilience puis de l’acceptation. On ne peut pas revenir en arrière. On ne peut pas empêcher la neige de neiger. Son heure était venue. « Pourquoi lui et pas un bandit? », qu’on m’a déjà dit. Je me suis alors surprise à répondre que personne ne mérite de mourir, que ce soit dans un accident ou même en prison. C’est un coup de dés, un geste trop bête, la faute à « pas de chance ».

Pour me ressourcer, je suis partie en voyage avec les enfants. Je devais m’éloigner de ceux qui me rappelaient le drame. C’est égoïste. Je sais. Mais je souffrais trop. Parfois, une petite voix à l’intérieur me disait que dans le temps de nos grands-parents, c’était la coutume que mari reprendre femme pour s’occuper de la maison et de la marmaille. Sauf que j’étais une femme. En 2008. Je n’avais pas une terre de 30 arpents, du foin à faucher et des bêtes à nourrir. Je me sentais coupable de préférer avancer plutôt que de rester à me morfondre et à me complaire dans le malheur. Je lui parlais souvent en haut : « Veille sur nous et dit bonjour à mon père! » Jusqu’au jour où j’en ai vraiment eu assez d’être seule.

Est-ce que j’avais le droit de refaire ma vie après un tel drame?

Était-ce mal pour la mère que j’étais que d’aspirer au bonheur et de vouloir être heureuse devant ses enfants? Était-ce mal d’accepter la fatalité de la vie et de vouloir tourner la page sur ce chapitre? Je lui ai demandé s’il pouvait m’aider et me guider et je lui ai demandé de me pardonner. Ma façon de vivre mon deuil a choqué des gens. J’ai perdu des amis bien que j’avais déjà coupé les ponts avec certaines personnes qui me ramenaient toujours dans le passé…

Lorsqu’on apprend qu’il vient d’arriver une catastrophe à quelqu’un dans notre entourage, le spectateur devient empathique de la douleur que doit ressentir la victime. On interprète et on juge selon nos croyances et nos valeurs. J’avais donc besoins de faire le vide. De faire le ménage dans mon entourage pour me permettre d’avancer et d’évoluer dans les étapes de mon deuil. Le hasard a placé sur mon chemin quelqu’un qui, lui aussi, avait besoin de faire le vide...

La neige avait fondu, mon bébé avait grandi, mon cœur était encore mouillé… mais il y avait encore de l’espoir et de l’amour à l’intérieur.

Au début, j’ai eu peur. Peur de chercher une béquille dans une relation avec un autre homme. Lui aussi avait peur de refaire confiance à l’amour. Mais c’est quand même arrivé. Au travers des cendres, nos cœurs ont refleuri et par ces deux êtres écorchés une nouvelle famille s’est formée. Plus forte et plus riche de son vécu, plus solide qu’aucune autre relation que j’aurai la chance de vivre. Je sais maintenant que le bonheur est parfait, que son parcours est semé d'embûches et qu’il faut garder la foi en l’amour. Il faut dire que j’ai tiré de grandes leçons de cette épreuve. Je ne vois plus la vie comme étant un cadeau, mais plutôt comme étant un privilège. Il faut profiter de chaque instant et je profite de chaque instant. J’ai une eu la chance d’avoir une autre petite fille qui est venue souder la fratrie.

Elle est mon symbole que l’amour peut renaître d’un drame horrible.


Si vous devez rebâtir sur des cendres, le résultat dépassera vos attentes....
Je suis toujours avec le même conjoint, 10 ans après avoir perdu foi en l’amour. Celui qui a vu grandir mon bébé et ma fille et les a élevés comme les siens m’a demandé si je le laisserais les adopter un jour, car il les a toujours aimés comme les siens. Ce sont ces moments de joie intenses qui ravivent une douleur profonde enfouie. En même temps, cette pointe de douleur me fait remercier la vie d’avoir eu la chance de rencontrer deux hommes extraordinaires! Mais je crois que le plus extraordinaire est d’avoir été capable de recoller les morceaux d’une famille brisée avec de l’amour!


L’amour… C’est le secret de ma guérison… 
Merci d’avoir lu mon histoire et partagez là pour aider d’autres personnes à avancer et à garder espoir en l’amour!

Namasté,

Daisy